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Mitchell et Riopelle, à la ville comme à la scène

C’est dans un café de Saint-Germain-des-Prés, un jour de l’été 1955, et par l’intermédiaire de son amie Shirley Jaffe, que Joan Mitchell fait la connaissance de son compatriote Sam Francis et du Canadien Jean-Paul Riopelle. Entre elle et ce dernier se noue une histoire d’amour qui durera vingt-cinq ans. Si, dans les faits, Paris n’est plus la capitale mondiale de l’art – titre que vient de lui ravir New York – elle continue cependant d’exercer un immense attrait. Des colonies d’artistes, notamment américains, y affluent.
Joan Mitchell (1926-1992) est née à Chicago, d’un père médecin et peintre amateur, et d’une mère poète et éditrice, notamment d’Ezra Pound et de T.S. Eliot. Après ses études artistiques, elle se rend à New York, à 21 ans, travaille dans l’atelier d’Hans Hofmann et découvre l’avant-garde new-yorkaise, en particulier Arshile Gorky et Jackson Pollock. Elle s’intègre au milieu des Expressionnistes abstraits et s’impose au très masculin Artists’ Club, fréquentant le mythique Cedar Bar et participant, en 1951, au « Ninth Street Show » supervisé par Leo Castelli, où elle expose aux côtés de Motherwell, De Kooning, Rauschenberg… Ses premières expositions personnelles, à la New Gallery puis à la Stable Gallery, consacrent son entrée sur la scène artistique new-yorkaise. C’est le début d’une  grande carrière internationale.

Le jaillissement des signes

En 1955 Joan Mitchell n’en est pas à son premier séjour en France. Elle s’y était même mariée, au Lavandou, avec l’éditeur Barney Rosset, dont elle s’est séparée depuis. Jean-Paul Riopelle (1923-2002), quant à lui, quitte son Canada natal en 1946 pour s’installer dans la capitale française avec sa femme, Françoise Lespérance, et leurs deux filles. Issu d’un milieu d’artisans aisés de Montréal, il étudie la peinture et fait ses débuts sous l’égide du peintre Paul-Émile Borduas et des « automatistes » de Montréal qui, outrepassant les visées des surréalistes parisiens, pratiquent un automatisme « abstrait », sorte d’équivalent pictural de l’écriture automatique des poètes, où le jaillissement des signes s’impose comme un langage plastique illisible mais vivant. Il est l’un des signataires du manifeste Refus Global, rédigé par Borduas, qui entend secouer l’immobilisme d’une société corsetée notamment par la religion, et prône la liberté individuelle à tous les niveaux.
À Paris, dès 1947, il se lie avec nombre de personnalités du monde des lettres et des arts (Pierre Loeb, Georges Mathieu, Wols, Zao Wou-Ki, André Breton, Antonin Artaud, Pierre Mabille…) et participe à la grande exposition surréaliste de la galerie Maeght. André Breton le qualifie, sans doute à cause de sa passion de la chasse et de la pêche, mais non sans un brin de toupet surréaliste et de condescendance parisienne, de « trappeur supérieur » ! […]

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