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Les sculptures de Notre-Dame de Paris : focus sur un chef-d’œuvre

En 1977, des travaux réalisés à l’Hôtel Moreau, siège de la Banque française du commerce extérieur situé rue de la Chaussée-d’Antin dans le 9e arrondissement à Paris, vont donner lieu à une découverte archéologique exceptionnelle. Près de 350 fragments de sculptures sont mis au jour, tous remployés dans la cour et les fondations de cet hôtel particulier construit pour l’homme politique Joseph Lakanal à la fin du XVIIIe siècle. Datés entre le XIIe et le XIIIe siècles, ces pièces proviennent de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Vandalisme révolutionnaire

Les sculptures de Notre-Dame de Paris ont en effet fait l’objet de nombreux actes de vandalisme d’État durant la période révolutionnaire. Ceux-ci visaient notamment à détruire « les signes de féodalité » tout comme les « images de la tyrannie et de la superstition ». Ainsi, entre 1793 et 1794, on procède à la dépose de la quasi-totalité des statues situées sur la façade occidentale (à l’exception de la Vierge à l’Enfant du trumeau du portail du Cloître et du Saint Marcel du trumeau du portail Sainte-Anne). Les figures de saints et de personnages bibliques sont systématiquement mutilées ou décapitées et les fragments jetés sur le parvis de la cathédrale où ils resteront entreposés durant deux ans.
En 1796, l’administration, désireuse de se débarrasser de ce gênant tas de gravats, met aux enchères les vestiges qui sont acquis par un certain entrepreneur Bertrand. On perd alors la trace des fragments qui vont progressivement réapparaître dès la seconde moitié du XIXe siècle à l’occasion de travaux de restauration ou d’aménagement. Les premiers éléments de sculptures découverts sont remis au dépôt lapidaire de la Ville de Paris, installé dans le frigidarium des thermes de Cluny. Ils entrent ensuite dans les collections du musée de Cluny, créé en 1843, qui accueille quelques temps plus tard le trumeau du portail Sainte-Anne, démonté par Viollet-le-Duc et remplacé sur place par une copie de Geoffroy-Dechaume.

La galerie des Rois sur la façade occidentale de Notre-Dame de Paris ©jrthibault

La galerie des Rois sur la façade occidentale de Notre-Dame de Paris ©jrthibault

Tête de Rois

Parmi les pièces les plus exceptionnelles mises au jour en 1977, on compte bien évidemment les 21 têtes de la galerie des Rois, une série de 28 statues de 3,5 m de haut chacun, figurant des rois bibliques ou chrétiens, créée entre la rose et le portail sur la façade occidentale de la cathédrale. Barbues et couronnées, autrefois polychromes, ces figures monumentales sont vêtues d’amples manteaux dont les drapés sont travaillés par grades masses. Les corps sont assez sommairement traités, tandis que les visages, puissants, arborent des expressions bien différenciées. Le souci d’individualisation permet de dater plus précisément le chantier de réalisation de la galerie des Rois autour de 1220.

Roi de Juda 1220-1230, pierre polychrome, 62 x 46 x 33 cm, provient de Notre-Dame de Paris

Roi de Juda 1220-1230, pierre polychrome, 62 x 46 x 33 cm, provient de Notre-Dame de Paris © RMN-Grand Palais (musée de Cluny – Musée national du Moyen Âge).

Le plus beau nu gothique ?

Entrée dans les collections du musée des Monuments français d’Alexandre Lenoir à la fin du XVIIIe siècle, cette sculpture figurant Adam au Jardin d’Eden était placée, en pendant à Ève, au revers de la façade du transept sud de Notre-Dame où ils étaient associés à une représentation du Christ du Jugement dernier. Cette composition faisait écho à celle du jubé, détruit au début du XVIIIe siècle, et peu sans doute être attribuée au sculpteur Pierre de Montreuil qui commence à travailler sur le chantier de Notre-Dame en 1258.
L’élégance de la posture, dite en contrapposto, autant que le nu renvoient à des sources antiques. De même le geste du bras gauche, redoublant l’occultation apportée par la feuille de vigne, rappelle celui des Vénus pudiques grecques. Au-delà de ces réminiscences classiques, cet Adam marque l’aboutissement du naturalisme gothique tel qu’il s’épanouit au XIIIe siècle, sous le règne de saint Louis.

Adam Vers 1260, calcaire lutétien, 200 x 73 x 41 cm, provient de Notre-Dame de Paris (Wikimedia Commons)

Adam Vers 1260, calcaire lutétien, 200 x 73 x 41 cm, provient de Notre-Dame de Paris (Wikimedia Commons)

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