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Le mystère du Salvator Mundi de Léonard de Vinci résolu grâce aux nouvelles technologies ?

Alors qu’il vogue peut-être sur les flots à bord du yacht d’un prince saoudien, le Salvator Mundi attribué à Léonard de Vinci continue de défrayer la chronique. La cause ? L’orbe que le Christ Sauveur tient dans sa main gauche et dont la représentation pose question depuis la réattribution du tableau au maître florentin en 2011. Traditionnellement interprété, dans l’iconographie chrétienne (héritée dans ce cas de l’iconographie impériale tardo-antique) comme un symbole de la domination du Christ sur le monde, l’orbe, ou orbis mundi, prend ici l’aspect d’une sphère parfaite en verre transparent à la surface de laquelle apparaissent reflets et scintillements. Mais lors de la vente organisée par Christie’s en 2017, cet élément du tableau a fait débat chez de nombreux spécialistes.

Léonard de Vinci, Salvator Mundi, vers 1500, huile sur bois, 65,6 x 45,4 cm

Léonard de Vinci, Salvator Mundi, vers 1500, huile sur bois, 65,6 x 45,4 cm

Le traitement de la lumière remettrait en cause l’attribution du tableau

L’enjeu était en effet de savoir si oui ou non le globe était ici représenté de façon réaliste, en conformité avec les lois de l’optique notamment. Dans l’affirmative, on pouvait envisager qu’il soit de la main de Léonard mais dans le cas contraire, l’orbe pouvait à lui seul remettre en cause l’attribution de l’œuvre à de Vinci. Ainsi pour Michael Daley, le directeur d’ArtWatch UK, un groupe d’experts militant pour de meilleures pratiques en matière de restauration et de conservation des œuvres d’art, l’une des raisons pour lesquelles on pouvait douter de l’attribution à Léonard de Vinci était que les reflets lumineux présents sur l’orbe n’étaient pas physiquement réalistes et donc que le phénomène de réfraction de la lumière n’était pas correctement retranscrit. Compte tenu de l’importance que Vinci accordait aux sciences et plus particulièrement à l’optique, il semble peu probable qu’il ait négligé cet aspect de la représentation. En outre, les copies supposées du Salvator Mundi représentent toutes un orbe où la lumière se réfracte davantage ce qui pourrait donc indiquer qu’elles prennent un autre tableau pour modèle, ou bien que l’œuvre a été excessivement restaurée.
À l’époque du débat, la maison de ventes avait répondu aux sceptiques que le tableau était « connu pour ses mystères et son ambiguïté » et, concernant l’étrangeté de la sphère, que Léonard de Vinci avait certainement « choisi de ne pas la représenter de cette manière car cela aurait distrait du sujet de la peinture ». Une réponse qui n’a vraisemblablement pas convaincu tout le monde.

L’infographie et la simulation en 3D au service de l’histoire de l’art

C’est le cas de Zhanhang (Marco) Liang, Michael T. Goodrich et Shuang Zhao, chercheurs en informatique à l’université de Californie à Irvine, qui ont publié en décembre dernier un article sur leur étude de la réfraction de la lumière dans le Salvator Mundi. Les scientifiques ont montré à l’issue de leurs recherches que la mystérieuse sphère transparente était représentée optiquement correctement par Léonard de Vinci.
Alors pourquoi la réfraction ne se fait pas dans l’orbe de la peinture ? À l’aide d’une reproduction 3D et de l’infographie, les chercheurs ont simulé l’apparence du Christ et de l’orbe et, avec un algorithme dédié, ont reproduit les faisceaux lumineux du tableau. Ces simulations permettent de créer un rendu physiquement réaliste à partir de l’œuvre. Après cette étape, ils ont réalisé plusieurs tests en changeant la constitution matérielle de l’orbe. Ils sont ainsi parvenus à des résultats en cohérence avec la représentation du Salvator Mundi : si la sphère est une masse creuse en verre avec une épaisseur de 1,3 mm pour un rayon de 6,8 cm et qu’elle est située à 25 cm du corps du Christ, alors la réfraction de la lumière et la distorsion du vêtement bleu du Christ à travers le verre sont minimales. Si l’orbe avait été plein, alors il aurait agi comme une lentille convexe, inversant et grossissant ce qui se situe derrière elle, ce qui n’est pas le cas dans ce tableau. Ce qui indique une fois de plus le génie du maître florentin dans le domaine de l’optique.
Avec de telles précisions, vous pourriez presque reproduire l’œuvre en réel de chez vous. Ainsi, plus besoin de chercher désespérément le Christ Sauveur de Léonard de Vinci à travers le globe.

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