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Langres inaugure son studiolo restauré

Vue de la façade de l’ancien hôtel particulier de Claude Bégat, rue du Cardinal Morlot à Langres, 2018 © Guy Boyer

« Écuyer, lieutenant pour le roi à la garde des clefs de la ville de Langres », Claude Bégat était au milieu du XVIe siècle le propriétaire d’une demeure de l’actuelle rue du Cardinal Morlot à Langres. Riche percepteur d’impôts, il se fait aménager au rez-de-chaussée de son hôtel particulier un cabinet de travail. Le style architectural retenu est proche des proportions figurant dans les traités contemporains de l’Italien Sebastiano Serlio (1537) ou du Français Jacques Androuet du Cerceau (1542-1545). On peut également rapprocher le décor de ce studiolo de ceux présents dans des monuments de la ville de Langres, qu’ils soient antiques, comme la porte de Longe-Porte, ou Renaissance, comme la chapelle d’Amoncourt dans la cathédrale Saint-Mammès. Les murs sont décorés d’arcatures à fond plat, séparées par des pilastres corinthiens. Des marbres de couleur rompent la blancheur de cette petite pièce carrée. Le plafond est orné de caissons bordés de cuirs enroulés mais, à la fin des années 1980, deux dalles de la voûte éclatent au droit de leurs agrafes métalliques, entraînant la chute de fragments de pierre. Le studiolo est donc fermé à la visite et étayé. Pour 2018, l’année dédiée à Langres à la Renaissance, l’ensemble a été stabilisé. Profitant de ces travaux de restauration, il a été décidé de refaire le pavement d’origine qui reprend, comme un miroir, les motifs décoratifs du plafond, quelques dalles du sol ayant été conservées sur place.

Restitution du pavement d’origine du studiolo de Claude Bégat à Langres, 2018 © Guy Boyer

L’intérêt du studiolo de Claude Bégat est à trouver du côté de son décor architectural mais aussi du côté de sa rareté. Il n’existe en effet que très peu de cabinets de travail similaires. En Italie, celui de Guidobaldo de Montefeltre avec ses panneaux de marqueterie aujourd’hui au Metropolitan Museum de New York, celui de Federico de Montefeltro au palais ducal de Mantoue, ceux de Lionel d’Este au palais Belfiore à Ferrare (détruit) et d’Isabelle d’Este au palais ducal de Ferrare décoré par Andrea Mantegna et Lorenzo Costa, ceux de Côme Ier de Médicis et de François Ier de Médicis, tous deux au Palazzo Vecchio de Florence et décorés par Giorgio Vasari, sont les exemples le plus souvent cités. En France, celui de François de Coligny au château de Tanlay orné de fresques sur le thème des Hymnes de Pierre de Ronsard et celui de François Ier au château de Blois décoré de panneaux de chêne et de placards dissimulés sont les deux autres témoignages français de ces espaces fermés permettant aux maîtres de maison de se retirer et de travailler discrètement. Dans ces cabinets étaient alors conservés des objets rares, des cristaux, des bijoux, des médailles ou, plus original des plantes médicinales (Côme Ier de Médicis). Ancêtres des musées, ces petites pièces abritaient les trésors des princes collectionneurs. À Langres, nul ne sait ce que renfermait le studiolo de Claude Bégat mais ses décors, à eux seuls, valent le détour.

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