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Face au Louvre, une sculpture donne une seconde vie aux cadenas d’amour du Pont des Arts

Alors que le monde se confine jour après jour à cause de la pandémie de Coronavirus, une œuvre sur le confinement, mais paradoxalement faite de cadenas venus des quatre coins du globe, fait son apparition dans le paysage urbain parisien. Intitulée Chez Nous, la sculpture en forme de maison a été réalisée par la franco-mexicaine Carmen Mariscal dans le cadre du parcours VIP d’Art Paris Art Fair. Malgré le report de la foire d’art, l’œuvre a été inaugurée aux dates initialement prévues sur la place du Palais-Royal (Paris Ier arrondissement). Pour créer son installation, l’artiste a réutilisé les grilles du pont de l’Archevêché et de la passerelle des Arts, prêtées pour l’occasion par la mairie de Paris.

Une maison-prison qui interroge le choix du cadenas pour « sceller son amour »

Sur la place, les passants s’arrêtent, s’approchent, reconnaissent immédiatement les grilles des ponts parisiens et prennent des photos. Depuis son installation, certains couples ont même recommencé à déposer un cadenas sur la sculpture. Sans fenêtre, ni cheminée, et avec une porte fermée à clef, cette maison-prison représente la sécurité mais également l’enfermement et la possession de l’être aimé. Lorsqu’un couple choisit de sceller son amour en accrochant un cadenas puis en jetant la clef dans la Seine, l’objet symbolise autant une preuve d’amour qu’un pacte d’appartenance. Or, quand une relation amoureuse est fortement liée aux questions de la possession de l’autre et prend une tournure malsaine, cela peut tristement conduire jusqu’aux violences domestiques. À travers Chez Nous, Carmen Mariscal s’interroge sur ce symbole des relations amoureuses et rappelle que tous les jours au Mexique, 10 femmes sont tuées à cause des violences conjugales.

Carmen Mariscal devient sa sculpture Chez Nous lors sa présentation. Photo ©Agathe Hakoun

Carmen Mariscal devient sa sculpture Chez Nous lors sa présentation.
Photo ©Agathe Hakoun

Une œuvre chargée de mémoire

En renfermant l’histoire de chaque couple, chaque cadenas qui compose la sculpture est chargé de mémoire. Souvent, les amoureux y ont écrit, voire gravé, leurs prénoms ainsi que la date à laquelle ils ont déposé leur cadenas au cours de leur pèlerinage romantique. Tous ces milliers de petites histoires forment la grande.

Toujours pour le parcours VIP d’Art Paris Art Fair, l’artiste franco-mexicaine a réalisé la vidéo installation Le Cimetière de l’amour. Abritée dans le Beffroi de la mairie du Ier arrondissement de Paris jusqu’au 20 mars, l’œuvre est composée de trois projections disposées en triangle : les deux écrans latéraux montrent la passerelle des Arts puis des grilles de cadenas déposées au sol en dehors de Paris, après qu’elles ont été retirées de l’espace urbain, tandis que l’écran central se concentre sur les mains de l’artiste qui manipule, telle une archéologue, des cadenas un à un, qui déposent au fur et à mesure de la rouille sur ses doigts. Ces images sont plongées dans la pénombre du beffroi et accompagnées d’une piste sonore qui mêle des bruits de train et d’oiseau que Carmen Mariscal a entendu lors de ses visites de l’endroit où sont conservées les grilles et des voix d’un homme et d’une femme qui lisent d’une voix grave les prénoms des couples inscrits sur les cadenas.

Dans son installation vidéo Le Cimetière de l'amour, l'artiste manipule un à un les cadenas. ©Carmen Mariscal

Dans son installation vidéo Le Cimetière de l’amour, l’artiste manipule un à un les cadenas. ©Carmen Mariscal

Chez Nous, de la sphère privée à la sphère publique

Par son nom et par les matériaux qui la compose, Chez Nous représente la maison, son « chez soi », mais également sa ville et son pays. En effet, Paris est la ville d’adoption de Carmen Mariscal, celle qui l’a accueillie. La création de cette sculpture est fortement liée à Paris. Tout commence en 2014, lorsque Carmen Mariscal voit les ponts qu’elle affectionne tant se couvrir de cadenas. Elle observe cela comme quelque chose à la fois « horrible » par sa symbolique et « séduisant » d’un point de vue esthétique. Mais par le geste innocent des couples qui accrochent leurs cadenas sur les ponts, ceux-ci abîmaient le patrimoine urbain de Paris. Les touristes souhaitaient laisser un peu d’eux-mêmes dans la ville de l’amour et posséder la ville à travers le petit objet. Il aura fallu six ans pour concrétiser ce projet et une année complète pour le construire. En réutilisant les grilles pour sa maison de 3 mètres de haut pour près de 5 tonnes, Carmen Mariscal réintroduit dans l’espace public ces artefacts amoureux provenant de la sphère privée.

Chez Nous trône jusqu’au 28 avril au milieu de la place du Palais-Royal. Pour sa présentation au public, les 12 et 31 mars au soir, la sculpture sera habillée de son et de lumière. Après son exposition, nul ne sait si la mairie de Paris souhaitera démonter l’œuvre ou l’installer dans la ville, telle une œuvre témoin de l’histoire urbaine.

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Source : https://www.connaissancedesarts.com/peinture-et-sculpture/face-au-louvre-une-sculpture-donne-une-seconde-vie-aux-cadenas-damour-du-pont-des-arts-11134638/