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Exposition Pharaon, Osiris et la momie : le cabinet égyptien de François Sallier

1798 : Bonaparte prend la tête de l’Expédition d’Égypte. Une vague « égyptomane » déferle sur la France du Directoire. Les amateurs se disputent les antiquités égyptiennes. À Aix-en-Provence, où les premières œuvres égyptiennes sont arrivées dès le XVIIe siècle, un notable, François Sallier (1767-1831), constitue un fabuleux « cabinet égyptien ». Conservateur en chef du musée Granet, commissaire général de l’exposition « Pharaon, Osiris et la momie », Bruno Ely lève le voile sur ce grand amateur : « François Sallier appartenait à la bonne bourgeoisie d’Aix. Après ses études, sa famille l’envoya en Italie. À Rome, il rejoignit la colonie aixoise à laquelle appartenait le peintre Granet, qui devint plus tard son ami, ainsi que l’abbé Pouillard, érudit et archéologue aixois ».

École française du xixe, Portrait de François Sallier, huile sur toile, 54 x 46 cm ©AIX-EN-PROVENCE, MUSÉE GRANET.

École française du xixe, Portrait de François Sallier, huile sur toile, 54 x 46 cm ©AIX-EN-PROVENCE, MUSÉE GRANET.

Funérailles et tombeaux de l’Antiquité

La période révolutionnaire amena François Sallier à se faire discret. Fuyant les persécutions, il dut se cacher pendant la Terreur. « Quoique non noble, poursuit Bruno Ely, Sallier craignait d’être inquiété, sans doute pour avoir exprimé des opinions politiques trop tranchées. De retour à Aix, il rejoignit le parti du Premier Consul, où il se fit remarquer. Nommé maire de la ville en 1802, il a laissé le souvenir d’un homme pondéré, bon administrateur, bon gestionnaire. On lui doit notamment les travaux d’installation de la célèbre bibliothèque Méjanes, qui tient toujours un rôle essentiel dans les collections patrimoniales de la ville. Sans jouir d’une grande fortune, il mit cette fortune au service de sa collection et se ruina… »

Momie de varan du Nil, 323-30 av. J.-C., 106 x 17 x 15 cm AIX-EN-PROVENCE, MUSÉE GRANET. POUR TOUTES LES OEUVRES DE LA COLLECTION ÉGYPTIENNE DU MUSÉE GRANET : ©2019 MUSÉE GRANET/PHOTO DE PRESSE RMN.

Momie de varan du Nil, 323-30 av. J.-C., 106 x 17 x 15 cm AIX-EN-PROVENCE, MUSÉE GRANET. POUR TOUTES LES OEUVRES DE LA COLLECTION ÉGYPTIENNE DU MUSÉE GRANET : ©2019 MUSÉE GRANET/PHOTO DE PRESSE RMN.

En récompense de ses bons services, l’empereur le nomma receveur des Finances de l’arrondissement, fonction honorifique qui lui laissait le loisir de se consacrer à l’étude et à sa chère collection. Il composa un mémoire sur les funérailles et les tombeaux de l’Antiquité. Dans la tradition encyclopédique des amateurs humanistes, la collection Sallier réunissait peintures, dessins, gravures, antiquités, médailles. Certaines des prestigieuses attributions à Cimabue, Jean Bellin (Giovanni Bellini), Raphaël, Léonard de Vinci, Titien, Parmesan, Murillo, Dürer, Poussin, Van Dyck du catalogue de 1831 auraient peut-être été révisées par l’érudition moderne si l’on n’avait perdu toute trace de ces tableaux. Nous restent les vestiges du glorieux cabinet égyptien.

Des pièces majeures venues d’Égypte

« Numériquement peu importante, la collection Sallier comportait des pièces de tout premier plan, déclare Christophe Barbotin, conservateur général au département des Antiquités égyptiennes du Louvre, commissaire scientifique de l’exposition du musée Granet. Il disait avoir acquis ces objets d’un marin originaire d’Égypte. La chose est plausible. Il y avait de longue date à Marseille et à Toulon un commerce important de ce genre d’objets. Parmi les pièces majeures de la collection figurent des papyrus, en particulier les papyrus hiératiques [écriture cursive des hiéroglyphes] bien connus des égyptologues sous le nom de “ Papyrus Sallier I à IV ”. Ce sont essentiellement des papyrus littéraires. L’un d’eux raconte la bataille de Kadesh qui opposa Ramsès II aux Hittites. Ce désastre militaire évité de justesse a été transformé par la propagande en éclatante victoire. Il est sculpté sur la façade de nombreux temples. »

Statue du confiseur d’Amon Samout et de sa femme, la dame Moutnefert, v. 1479-1400 av. J.-C., calcaire peint, 37,4 x 20,9 cm PARIS, MUSÉE DU LOUVRE. ©PHOTO DE PRESSE RMN.

Statue du confiseur d’Amon Samout et de sa femme, la dame Moutnefert, v. 1479-1400 av. J.-C., calcaire peint, 37,4 x 20,9 cm PARIS, MUSÉE DU LOUVRE. ©PHOTO DE PRESSE RMN.

Champollion enthousiaste

Gloire de la ville d’Aix, la collection Sallier attirait de nombreux amateurs. Le père de l’égyptologie lui-même rendit visite à l’érudit. « Avant de s’embarquer pour l’Égypte en 1828, Champollion put expertiser un grand nombre d’objets de la collection et témoigna son vif intérêt pour les papyrus, poursuit Christophe Barbotin. Il les examina une seconde fois à son retour en France en 1830 et en fit un compte rendu enthousiaste à Sallier. » Les huit stèles égyptiennes conservées au musée Granet témoignent encore de l’instinct très sûr de Sallier, ainsi que la momie de varan du Nil, espèce de lézard géant. « Elle est à ma connaissance unique au monde », précise Christophe Barbotin.

Fragment de stèle à Osiris et aux divinités associées, v. 1294-1279 av. J.-C., calcaire, 64,5 x 67 cm AIX-EN-PROVENCE, MUSÉE GRANET.

Fragment de stèle à Osiris et aux divinités associées, v. 1294-1279 av. J.-C., calcaire, 64,5 x 67 cm AIX-EN-PROVENCE, MUSÉE GRANET.

La grande statue agenouillée en quartzite de Nakhthorheb, dignitaire de la XXVIe dynastie (VIe siècle avant notre ère), et le groupe sculpté représentant deux prêtres de Ptah, plus tardif (époque du Moyen Empire) témoignent encore du grand goût Sallier. Ces deux sculptures furent acquises pour le Louvre dès 1816 par l’intermédiaire d’un autre Aixois, le comte de Forbin, directeur des musées royaux. Ruiné par la révolution de 1830, Sallier dut se séparer d’autres trésors. Les fameux papyrus hiératiques mis aux enchères en 1831 furent achetés par le British Museum de Londres. Sextus Sallier dispersa en 1840 le reste des collections paternelles. La passion de François Sallier avait-elle « contribué à l’aveugler sur l’état de sa fortune », comme le suggère l’auteur de la notice historique lue à l’Académie d’Aix en 1833 ? Il n’en avait pas moins écrit un beau chapitre de l’histoire du goût et de l’érudition.

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