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Édito : Le Grévin des tableaux disparus

Il s’agit des tableaux fantômes du musée de Bailleul que La Piscine de Roubaix va exposer lors de l’inauguration de son réaménagement général (voir page 76) à partir du 20 octobre. Cette jolie histoire commence mal, en 1916 lors des violents bombardements de la Grande Guerre. À Bailleul, au nord d’Armentières, tout le monde se croit protégé par le front des soldats français, à l’abri des nuages de gaz moutarde. On rassure même le conservateur du musée, Édouard Swynghedauw, qui veut déménager les collections. Pas question de les cacher dans les falaises de craie voisines, tout va bien. En mars 1918, la première bataille aérienne a lieu à proximité de Bailleul. Panique à bord. Le vaillant conservateur déménage en hâte vingt pour cent des tableaux du musée. Lorsqu’il revient de son premier déménagement, la ville a disparu, bombardée, rayée de la carte. L’année suivante, Bailleul est reconstruite en style néoflamand et le musée est refait en briques jaunes à deux pas d’un beffroi tout neuf. La ville y réinstalle les œuvres sauvées et rachète peu à peu meubles et tableaux. Quatre-vingts ans plus tard, à l’occasion d’une exposition en hommage à l’un des généreux donateurs du musée, le nouveau conservateur, Laurent Guillaut, présente les neuf tableaux restant du legs de ce monsieur Hans et, en une sorte d’installation contemporaine, accroche trente et un panneaux de bois rappelant les toiles de cette même donation, parties en fumée lors du bombardement, en leur adjoignant format et description. En voyant par hasard cette exposition digne d’un pied-de-nez surréaliste, un galeriste amateur de Roubaix, Luc Hossepied, se prend à rêver d’une possible résurrection et commande des réinterprétations des toiles manquantes aux artistes de sa galerie et à d’autres créateurs que des proches lui conseillent. Naît ainsi un fantasque musée Grévin d’œuvres disparues à l’occasion de la commémoration de la Première Guerre mondiale. Depuis novembre 2014, les recréations sont peu à peu révélées au public, chaque année amenant sa moisson dont la qualité peut être discutable. Aujourd’hui, quatre-vingt-dix « tableaux fantômes » ont repris vie, en particulier des natures mortes, des marines, des fileuses et des « jeunes filles au chien », sujets qui semblent plus particulièrement inspirer les talents actuels. Tous les supports sont autorisés, de la céramique à l’installation, de la photographie à la vidéo. Une fabuleuse manière de raconter et de revivifier un passé muséal disparu. Rendez-vous donc à Roubaix.

 

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