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Déconfinez-vous au Domaine de Chambord, parc et jardins

Depuis fin mars, nous attendons sagement que les lieux culturels rouvrent pour nous y rendre. Après les avoir visités virtuellement, découvrez les sites culturels et patrimoniaux qui reçoivent de nouveau le public en cette période de déconfinement progressif. Pour rappel, avant votre visite, veillez à contacter l’institution afin de prendre connaissance des conditions d’accueil et mesures sanitaires mises en place durant le déconfinement. Aujourd’hui, rendez-vous au Domaine national de Chambord, avec ses jardins à la française et son parc forestier, rouvert depuis le 11 mai.

Le domaine inclut le château, le village de Chambord ainsi que le parc forestier. Conçu à l’origine pour être une réserve de chasse royale, ce parc a pour mission de préserver la biodiversité et de participer à la recherche scientifique sur la faune sauvage.

Vue aérienne des jardins de Chambord. Photo Domaine national de Chambord ©Léonard de Serres

Vue aérienne des jardins de Chambord. Photo Domaine national de Chambord ©Léonard de Serres

Des jardins à la française

Ils sont dorénavant indissociables de la visite : les jardins à la française, implantés sur un vaste parterre au nord et à l’est du château, offrent depuis 2017 un nouveau lieu de promenade et de contemplation, en même temps qu’une transition végétale douce entre la nature sauvage (le parc) et le monument. Ces jardins ont été restitués de façon exemplaire dans leur état du XVIIIe siècle grâce à quinze années de recherches historiques, de prospections archéologiques et d’études paysagères.

À l’origine, le château est implanté sur des marais. François Ier songe à en réduire l’emprise par la régularisation du Cosson, voire le détournement d’une partie du cours de la Loire pour former un canal jusqu’à Chambord ! Finalement, il faut attendre les règnes de Louis XIV et Louis XV pour voir la mise en œuvre de grands travaux hydrauliques et paysagers destinés à assainir le site et créer un jardin répondant à la magnificence du château. Canalisation du Cosson, apport de terre pour créer une terrasse artificielle entourée d’eau, aménagement de ponts et de digues : le projet, à l’origine dessiné par l’agence de l’architecte Jules Hardouin-Mansart, connaît plusieurs évolutions et phases d’exécution jusqu’en 1734. À cette date, « Un jardin fut […] planté et le château, auparavant assis dans un marais en receut un grand lustre » (rapport de l’administration des Bâtiments du roi, chargée de faire exécuter les travaux, conservé aux Archives nationales).

Ce jardin de 6,5 hectares est dessiné selon les principes du jardin classique ou « à la française » : le plan général, constitué de modules carrés, est conçu en rapport avec les proportions du château. Dans ces modules, géométrie, perspective et symétrie ordonnent les compositions végétales constituées de rectangles de pelouses, plates-bandes fleuries, banquettes de charmilles, alignements ou quinconces d’arbres. Avec le manque d’entretien et les effets du temps, l’ancien jardin s’est peu à peu effacé pour laisser place à de simples rectangles de prairies à partir de 1970 : un état de transition qui a perduré jusqu’aux travaux de restitution entrepris en 2016-2017.

Le parc forestier a été conçu à l’origine pour être une réserve de chasse royale.  Photo Domaine national de Chambord ©F. Forget

Le parc forestier a été conçu à l’origine pour être une réserve de chasse royale. Photo Domaine national de Chambord ©F. Forget

La capitainerie royale des chasses

Le grand œuvre de François Ier à Chambord ne se résume pas à la construction d’un palais grandiose. Comme pour un bijou protégé par un écrin, le roi de France veut doter son château d’abords spacieux, riches de leur paysage et de leur faune. À l’image des résidences princières du duché de Milan qu’il a visitées au début de son règne, il s’agit notamment de constituer un vaste parc de chasse, une réserve close et surveillée d’où le gibier ne pourra sortir.

François Ier vient lui-même en 1523 marquer les limites de son domaine avec des piquets de bois. Puis il procède à l’annexion de nombreuses terres en les achetant à bon prix ou en proposant aux propriétaires des échanges, et entreprend la construction d’un mur d’enceinte. Enfin, la dernière année de son règne, il érige Chambord en « Capitainerie royale des chasses ». Un petit contingent de gardes, placé sous l’autorité d’un capitaine, assure dès lors la surveillance des lieux et veille à la multiplication du gibier. En 1547, le parc semble atteindre un minimum de 2500 hectares, une surface en deçà des ambitions du roi…

Au XVIIe siècle, Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, reçoit en apanage le comté de Blois dont dépend Chambord. Il poursuit l’œuvre de François Ier en acquérant de nouvelles terres au sud-est du parc et en achevant sa clôture. Le domaine atteint ainsi ses limites définitives, 5440 hectares, fermés par un mur de 32 kilomètres de long, construit en moellons et mortier de chaux. C’est également à cette époque que la capitainerie royale des chasses de Chambord étend son territoire juridictionnel. Le capitaine des chasses, assisté d’un personnel nombreux, a dorénavant autorité sur une douzaine de paroisses autour de Chambord. Toutes ces terres sont soumises à des règlements stricts visant à favoriser la prolifération du gibier, en particulier l’interdiction absolue de chasser, même dans les grands domaines privés.

À la fin du XVIIIe siècle, la capitainerie attise de plus en plus la colère des habitants : le poids des règlements, la violence présumée des gardes, les atteintes au droit de chasser des nobles et les dévastations causées par le gibier trop abondant en font un symbole d’oppression et d’injustice. Les nobles, en particulier, luttent activement pour demander sa suppression au roi Louis XVI. En 1777, le souverain, sensible aux plaintes de ses sujets et reconnaissant « l’inutilité » de l’établissement (les rois n’y chassent plus depuis le règne de Louis XIV), supprime la capitainerie de Chambord pour ne conserver sur place que quelques gardes et portiers.

Entre forêts et marais

Le domaine de Chambord constitue aujourd’hui un haut lieu du patrimoine naturel français grâce à la diversité et à la richesse de son paysage, de sa faune et de sa flore. Il est recouvert à 79 % de forêt (soit environ 4300 hectares), en majorité plantée de chênes, mais aussi de pins depuis les intenses campagnes de boisement réalisées au XIXe siècle par le comte de Chambord et son administration, puis dans les années 1950. Il abrite, en outre, de nombreuses landes, prairies, friches ou zones humides (rivière, ruisseau, étangs, marais, mares) dont la préservation est une donnée essentielle du plan d’aménagement forestier et de l’inscription du site au réseau écologique européen Natura 2000. Quelque 4700 hectares, soit 87 % du territoire, ont un accès contrôlé depuis 1974 pour préserver la quiétude indispensable à la conservation de cette biodiversité.

Sous l’Ancien Régime, le paysage du parc de Chambord est tout aussi diversifié, assurant au site son caractère giboyeux et donc, son attractivité. Les animaux trouvent, comme aujourd’hui, leur subsistance et des zones de refuge tout au long de l’année. Mais il constitue alors un milieu beaucoup plus ouvert, en raison de la moindre emprise de la forêt. Celle-ci occupe essentiellement le sud du domaine, à l’orée du massif forestier de Boulogne, sur une surface approximative de 2500 hectares. Le parc abrite, en outre, des dizaines de petites exploitations agricoles tandis que de larges zones, notamment au nord, sont recouvertes de bruyères et de genêts. Quant aux terres jouxtant le cours sinueux du Cosson, ce ne sont que marécages…

Ces marais ont longtemps posé des problèmes d’inondations et d’insalubrité. L’une des préoccupations de François Ier est donc d’assainir le site, en particulier aux abords immédiats du château. Il imagine ainsi, autour de 1526-1529, un projet grandiose : le détournement d’une partie des eaux de la Loire, distante d’environ quatre kilomètres, jusqu’au pied du château. Mais devant les difficultés techniques et le coût du projet, l’entreprise avorte pour laisser place à quelques travaux partiels de canalisation du Cosson aux résultats médiocres : en peu de temps, la rivière reprend son cours initial.

Ce n’est finalement qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles que des travaux hydrauliques de grande ampleur sont réalisés de manière efficace. Entre 1683 et 1686, puis pendant les séjours à Chambord du roi de Pologne en exil, Stanislas Leszczynski et du maréchal de Saxe, le cours du Cosson est régularisé dans toute la surface du parc, et canalisé aux abords du château autour de jardins créés sur une terrasse artificielle.

La majorité des cerfs élaphes présents aujourd’hui sur le territoire français sont issus de la souche chambourdine. Photo Domaine national de Chambord

La majorité des cerfs élaphes présents aujourd’hui sur le territoire français sont issus de la souche chambourdine. Photo Domaine national de Chambord

Un conservatoire européen de la faune et de la flore

Décimée par le braconnage des années de guerre, la population de cervidés était en très fort déclin en France. En 1947, le domaine de Chambord est donc classé Réserve nationale de chasse et de faune sauvage. Son territoire clos semble en effet tout indiqué pour en faire une « pouponnière » de cerfs et, grâce au panneautage — technique très ancienne de capture grâce à des filets — participer au repeuplement des territoires forestiers. Si la sylviculture a d’abord pris le pas sur la « production » cynégétique afin de reconstituer un milieu appauvri, les captures se sont intensifiées dans les années 1970. La majorité des cerfs élaphes présents aujourd’hui sur le territoire français sont ainsi issus de la souche chambourdine.

Malgré quelques commandes de grands animaux en faveur de parcs privés, les reprises d’animaux ne sont de nos jours plus nécessaires. Le Domaine national de Chambord a donc révisé la vocation de sa réserve : il s’est engagé, avec plusieurs partenaires tels que l’Office français de la Biodivesité (OFB) ou la Fondation François Sommer, dans un programme de recherche décennal de dimension européenne pour étudier les populations de grands ongulés sauvages, en particulier les cerfs. Les enjeux de ces études sont multiples : améliorer la connaissance des espèces, suivre leur état sanitaire et définir les outils de gestion les plus efficaces pour maîtriser l’évolution des populations. Il s’agit, en outre, de mesurer l’impact des grands ongulés sur leur environnement, en particulier dans un domaine clos comme Chambord, puis de rechercher des moyens de gestion durables des écosystèmes forestiers.

Le parc a aujourd’hui pour mission de préserver la biodiversité. Photo Domaine national de Chambord

Le parc a aujourd’hui pour mission de préserver la biodiversité. Photo Domaine national de Chambord

Parallèlement à ces programmes, le domaine de Chambord a rejoint le réseau écologique européen Natura 2000 dès 2006 au titre des directives « Oiseaux » et « Habitats », grâce à la richesse biologique de son milieu. La réserve de Chambord abrite en effet plusieurs espèces végétales et animales « remarquables », dont la survie est menacée en Europe. L’engagement dans ce réseau permet d’assurer une gestion concertée du territoire, respectueuse de la biodiversité, tout en y maintenant les activités économiques, cynégétiques et d’accueil du public inhérentes à ses missions.

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Domaine national de Chambord

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